Gestion des eaux pluviales et pavage : quelles évolutions ?
Publié dans Evacuation des eaux · Mercredi 30 Sep 2026 · 8 minutes
Tags: eaux, pavés, lois, évacuation, ZAN
Tags: eaux, pavés, lois, évacuation, ZAN
Gestion des eaux pluviales : le pavage face aux nouvelles exigences environnementales
Pendant longtemps, aménager une cour, une allée, une place ou un accès consistait avant tout à créer une surface stable, durable et adaptée à son usage. La question de l'eau était principalement abordée sous l'angle de son évacuation : donner une pente au terrain, prévoir un caniveau, un regard ou un réseau permettant de conduire les eaux pluviales.
Cette approche reste aujourd'hui largement celle qui est mise en œuvre sur les chantiers de pavage.
Mais les préoccupations évoluent. La limitation de l'artificialisation des sols, le développement du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et les réflexions sur la gestion des eaux pluviales conduisent progressivement les professionnels de l'aménagement à s'interroger sur la manière dont l'eau peut être gérée au plus près de l'endroit où elle tombe.
Pour le pavage, ces évolutions pourraient à terme faire évoluer certaines pratiques.
Aujourd'hui, comment l'eau est-elle gérée sur un pavage ?
Il faut commencer par une précision importante : un pavage traditionnel n'est pas nécessairement un revêtement perméable.
Dans la majorité des pavages réalisés aujourd'hui, les joints entre les pavés sont conçus pour assurer la stabilité et la pérennité de l'ouvrage. Ils ne sont donc pas destinés à laisser infiltrer librement les eaux de pluie.
La gestion de l'eau repose alors principalement sur la conception de l'aménagement. Les surfaces sont réalisées avec des pentes permettant de diriger les eaux vers un point d'évacuation. Selon les situations, celles-ci peuvent être recueillies par un caniveau, une grille, un regard ou rejoindre un réseau d'évacuation existant.
La pente est donc un élément essentiel d'un pavage.
Elle participe directement au bon fonctionnement de l'ouvrage : une surface correctement conçue doit permettre à l'eau de s'écouler sans créer de stagnations susceptibles de dégrader les joints, les matériaux ou les abords du pavage.
Il serait donc trompeur de présenter aujourd'hui le pavage traditionnel comme une solution permettant systématiquement l'infiltration des eaux pluviales.

Pourquoi la question de l'infiltration prend-elle de l'importance ?
La réflexion évolue progressivement.
Lorsqu'une surface naturelle est remplacée par une surface imperméabilisée, l'eau de pluie ne pénètre plus dans le sol de la même manière. Elle ruisselle davantage et doit être collectée puis évacuée.
À l'échelle d'une maison, d'un lotissement, d'une rue ou d'une zone d'activité, la multiplication de ces surfaces peut augmenter les volumes d'eau à gérer par les réseaux et accentuer les phénomènes de ruissellement.
Les politiques publiques cherchent donc de plus en plus à limiter l'artificialisation des sols et, lorsque les conditions le permettent, à favoriser une gestion de l'eau plus proche de son point de chute.
Le ministère chargé de la Transition écologique présente d'ailleurs la réduction de l'artificialisation comme une politique qui mobilise plusieurs leviers, parmi lesquels la densité, la nature en ville et la reconquête des friches. Cela ne signifie pas qu'il faille supprimer tous les revêtements minéraux ou que tous les aménagements devront demain devenir perméables.
La réalité est beaucoup plus nuancée.
La nature du sol, sa capacité d'infiltration, la topographie, la présence éventuelle d'un sous-sol, les contraintes techniques, l'usage de la surface et les règles locales sont autant d'éléments qui doivent être pris en compte.
ZAN, artificialisation des sols : une évolution de fond
Le Zéro Artificialisation Nette, ou ZAN, s'inscrit dans une volonté nationale de réduire progressivement la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers et de parvenir à l'absence d'artificialisation nette à l'horizon 2050.
Cette politique concerne principalement l'aménagement du territoire et l'urbanisme. Elle ne signifie pas qu'un particulier qui fait réaliser une cour pavée doit aujourd'hui considérer son projet comme interdit ou incompatible avec le ZAN.
En revanche, elle traduit une évolution plus générale de la manière dont on réfléchit à l'aménagement des sols.
La question n'est plus uniquement :
« Que va-t-on construire sur cette surface ? »
Elle devient aussi :
« Comment cette surface va-t-elle fonctionner avec son environnement ? »
L'eau, le sol, la végétation et les surfaces minérales sont progressivement considérés de manière plus globale.
Et la loi TRACE ?
La proposition de loi TRACE — pour « Trajectoire de Réduction de l'Artificialisation Concertée avec les Élus locaux » — s'inscrit dans les débats actuels autour de la mise en œuvre du ZAN.
Le texte a été adopté en première lecture par le Sénat le 18 mars 2025 puis transmis à l'Assemblée nationale.
Mais il est important de le préciser : TRACE n'est pas aujourd'hui une nouvelle réglementation applicable aux particuliers ou aux entreprises de pavage.
En septembre 2026, le Gouvernement indiquait encore souhaiter qu'une position commune puisse émerger entre le Sénat et l'Assemblée nationale avant l'inscription du texte à l'ordre du jour de l'Assemblée.
Il serait donc prématuré d'en déduire des obligations concrètes pour les futurs pavages.
Pour les professionnels de l'aménagement, le sujet mérite néanmoins d'être suivi. Il témoigne d'un débat plus large sur la manière dont la sobriété foncière doit être mise en œuvre dans les territoires et sur la façon dont les projets d'aménagement peuvent prendre en compte leurs caractéristiques locales.
Et pour les architectes et maîtres d'œuvre ?
Ces questions ne concernent pas uniquement l'entreprise qui réalise le revêtement final.
Dans un projet d'aménagement extérieur, beaucoup de choix se jouent bien avant l'intervention du paveur.
Pour un architecte, un maître d'œuvre, un paysagiste ou un bureau d'études, le choix du revêtement s'inscrit dans une réflexion plus large : niveaux du terrain, pentes, accès, circulation, évacuation des eaux, espaces végétalisés, matériaux et contraintes propres au site.

La question de l'eau peut donc être intégrée dès la conception.
Le pavage intervient en aval du projet, mais les conditions de sa bonne réalisation se jouent souvent dès les premières phases de conception.
C'est particulièrement vrai lorsqu'un projet associe plusieurs usages : accès automobile, cheminement piéton, terrasse, espace paysager ou cour intérieure.
Le choix d'un pavage ne peut alors pas être dissocié de la manière dont l'ensemble de l'aménagement va fonctionner.
Vers de nouvelles façons de concevoir les surfaces pavées ?
Il existe déjà différentes solutions permettant, lorsque le terrain et le projet s'y prêtent, de mieux intégrer la gestion de l'eau dans un aménagement extérieur.
On peut notamment réfléchir à l'association entre surfaces pavées, espaces végétalisés, zones d'infiltration, bandes drainantes ou dispositifs permettant de ralentir et de répartir les eaux pluviales.
Il existe également des systèmes de pose et des matériaux spécifiquement conçus pour favoriser l'infiltration.
Mais là encore, il faut éviter les raccourcis.
Un pavé n'est pas « perméable » simplement parce qu'il est posé au sol.
Le comportement de l'ensemble dépend du type de pavé, de la largeur et de la nature des joints, de la structure située sous le revêtement et surtout de la capacité du terrain à recevoir l'eau. Une solution qui fonctionne parfaitement sur un terrain peut être inadaptée sur un autre.
La bonne réponse n'est donc pas uniquement dans le choix du matériau. Elle se trouve dans la conception globale du projet.
Le pavage va-t-il changer ?
Il est probablement trop tôt pour répondre précisément à cette question.
Les techniques traditionnelles de pavage ont fait leurs preuves et resteront adaptées à de nombreux projets. Les contraintes d'usage, de circulation, de pente, de patrimoine ou simplement les caractéristiques du terrain continueront à imposer des choix techniques.
En revanche, les préoccupations environnementales pourraient conduire à développer davantage certaines solutions lorsque celles-ci sont techniquement pertinentes.
Le pavage pourrait ainsi être amené à dialoguer davantage avec les espaces végétalisés, les systèmes de récupération ou d'infiltration des eaux et les nouveaux modes de conception des espaces extérieurs.
Ce n'est pas encore une révolution du pavage.
C'est plutôt une évolution progressive de la manière de penser les aménagements.
Un métier ancien qui doit rester attentif à son époque
Le pavage est un métier ancien. Les matériaux et certaines techniques de pose ont traversé les siècles.
Mais un métier ancien n'est pas un métier immobile.
Les attentes des propriétaires, les contraintes environnementales, les techniques de construction et les règles d'aménagement évoluent. Le professionnel doit donc connaître ces changements, même lorsqu'ils ne modifient pas encore directement sa manière de travailler.
Chez L'Art du Pavage, nous considérons cette veille comme faisant partie de notre métier.
Nous continuons à réaliser les pavages selon les techniques adaptées aux projets qui nous sont confiés. Mais nous suivons également les évolutions concernant l'artificialisation des sols, la gestion des eaux pluviales et les nouvelles solutions qui pourraient progressivement trouver leur place dans les aménagements extérieurs.
Aujourd'hui, nous travaillons avec les techniques éprouvées. Demain, certaines pratiques évolueront peut-être. Notre rôle est aussi de savoir pourquoi et comment.